Social
Problématique de laccueil des SDF et de lurgence
sociale en communauté urbaine de Charleroi-Val de Sambre
Bernard DALLONS - Président du CPAS de Charleroi
Allocution prononcée lors de linauguration du centre de nuit supplétif en novembre 2008
Mesdames, Messieurs,
C'est un plaisir pour moi dintervenir ce soir sur un sujet qui doit nous tenir particulièrement à cur : à savoir la problématique des personnes sans abri même sil est important de considérer quil ne sagit que dune toute petite partie des interventions du CPAS de Charleroi envers nos concitoyens et en particulier envers les plus faibles dentre-eux.
Jinterviens en qualité de Président du CPAS de Charleroi, mais également en tant que Président du Relais Social de Charleroi qui, outre les services du CPAS, comprend labri de nuit Ulysse et celui du Triangle, le Comptoir, le Rebond et laccueil de soirée, Carolo Rue et solidarité nouvelle. Espace P, Icar-wallonie, Entre 2 et enfin, le Relais Santé.
Le CPAS de Charleroi a toujours été pionnier dans le soutien apporté aux personnes sans abri. Puis-je vous rappeler quen 1986, un hiver particulièrement rigoureux avait amené les autorités carolorégiennes à créer un service où un travailleur social pouvait être contacté 24 h sur 24, 365 jours par an et le cas échéant apporter une aide urgente. Lurgence sociale, le 32 12 12, que vous connaissez tous, est devenue une référence et au fil du temps, le nombre dappels a littéralement explosé.
Ce service, qui était à lépoque une réelle innovation dans notre pays, a depuis été mis sur pied dans les autres villes wallonnes.
Ce service sest étoffé, a été dédoublé en 1999 pour couvrir lensemble de la communauté urbaine de Charleroi- Val de Sambre,cest à dire 14 communes, à savoir Aiseau, Anderlues, Chapelle-lez-Herlaimont, Charleroi, Châtelet, Courcelles, Farciennes, Fleurus, Fontaine-lEvêque, Gerpinnes, Les Bons Villers, Lobbes, Pont-à-Celles et Thuin. Le service couvre ainsi une population de plus de 400.000 habitants.
Dautres profils ont été ajoutés à léquipe afin de mieux prendre en charge une population souvent déstructurée. Je pense au psychologue ou à lassistant social « hors les murs ».
Ces derniers, qui sont deux, mènent un travail social proactif à légard des grands exclus. Ces personnes refusent généralement laide structurée que nous tentons de leur apporter. Il faut donc nouer et maintenir un contact avec eux sur leur lieu de vie : 4 ou 5 squats qui sont bien connus dans le centre de Charleroi. Ce travail sur le terrain permet de leur apporter une aide ponctuelle et est en quelque sorte la présence en rue du CPAS.
Aujourdhui encore, la problématique du logement constitue, et de loin, la première cause dappels auprès de lurgence sociale.
Cest pourquoi, progressivement, le CPAS, en réseaux avec de nombreuses associations, a créé un pôle dhébergement durgence et de transition. Le but ultime étant bien entendu doffrir aux personnes aidées des solutions de logement plus durables.
Laction du CPAS de Charleroi est multiple en matière de logement : nous menons, bien entendu, des collaborations avec les sociétés de logement social et dautre part, nous sommes attentifs à lintégration sociale par lhabitat par loctroi de garanties locatives ou de premiers loyers. Nous avons également un « monsieur logement » qui est chargé de vérifier le bon état des locations lorsquune aide du CPAS est demandée.
Nous remettons sans cesse notre ouvrage sur le métier et je ne peux quêtre attentif aux actions menées ces dernières années par les associations de défense des personnes sans abri.
Cest pourquoi, labri de nuit supplétif inauguré en novembre 2008 et ses 12 lits supplémentaires, à proximité directe du centre ville, sont un plus et cette ouverture rencontre certainement des besoins immédiats. La capacité totale daccueil des 5 abris de nuit est ainsi portée à 55 lits.
Louverture de lAbri de nuit Dourlet, projet porté par la Ville de Charleroi et son CPAS na été possible que grâce aux subsides accordés par Madame Marie Arena, Ministre fédérale de lIntégration sociale ainsi que par le soutien accordé par Monsieur Didier Donfut, Ministre wallon de lAction sociale. Je dois également remercier Monsieur Alain Dugauquier, Secrétaire général de lISPPC : linstitution hospitalière nous a fourni une partie du mobilier nécessaire à laménagement.
Tout ce projet a été construit en réseau au sein du relais social tant du point de vue des modalités de fonctionnement que de son projet pédagogique. Nous avons, en cela, bénéficié de lexpérience menée pendant deux ans avec labri de nuit supplétif de Châtelet.
Dans mon projet de mandat, il sagit de la première étape dun futur centre multidisciplinaire qui pourrait voir le jour en ces lieux. Il est important dapporter des réponses spécifiques à des problématiques particulières.
Outre les 5 abris de nuit, les personnes sans abri peuvent bénéficier sur Charleroi dun ensemble de services coordonnés par le Relais social. Le Resto du Cur de Charleroi, aidé par le CPAS, a ouvert en période hivernale un chauffoir accessible pratiquement de 8h à 20h. Une structure daccueil de jour, le Rebond, permet également un accueil de jour.
Le Relais santé permet un suivi médical gratuit de ces personnes et dautres associations sont actives dans le domaine de la recherche dun logement.
Notre travail est loin dêtre terminé car, bien entendu, tous les problèmes ne sont pas résolus. Première problématique interpellante : celle des personnes sans papiers, cest-à-dire les personnes qui sont en séjour illégal sur le territoire.
Certains jours, ces personnes occupent jusque 60% des lits disponibles dans notre réseau. Il est évident que lors des périodes de grands froids, nous ne pouvons quabriter ces personnes avant toute chose. Néanmoins, en toute logique, ces personnes dépendent de lEtat fédéral et leur prise en charge pèse, in fine, sur les finances locales, sur le budget des villes et des CPAS. Cest pourquoi, nous avons interpellé le Gouvernement fédéral.?Nous avons été entendu puisque la Ministre Arena a débloqué des fonds.
Cependant, des solutions de fond doivent être trouvées pour ces personnes afin de leur octroyer dune façon ou dune autre la perspective de rester en Belgique et de construire un projet de vie ou, peut-être, daccom-pagner le retour vers le pays dorigine ?
En attendant, il faut également constater les différentes approches développées par les grandes villes proches de nous. Ainsi, à Namur par exemple, les personnes en situation illégale sont abritées une seule nuit. A Mons, la période est de 15 jours maximum.
Les personnes sans titre de séjour se trouvent indéniablement dans des situations de grande précarité, nayant pas accès à laide sociale et à des solutions dhébergement moins précaire. Il faut donc pouvoir répondre à ces demandes dans la mesure de nos possibilités.
Néanmoins, lorsque nous comparons la situation de Charleroi à dautres grandes villes, nous remarquons que nous ne mettons aucune limitation à laccès aux abris de nuit.
Il faut, je pense, arriver à une coordination entre les grandes villes afin déviter, si lon peut sexprimer ainsi, une espèce de « tourisme des abris de nuit ».
Dans un premier temps, nous allons également instaurer une limitation de 15 nuitées maximum aux personnes sans titre de séjour.? Ceci afin de pouvoir répondre à leur demande et ainsi leur laisser un délai pour trouver dautres solutions que les abris de nuit sur Charleroi. Dautre part, on tenterait de ne pas dépasser 30% des lits occupés par cette population. Ces mesures seraient, bien entendu, suspendues en cas de déclenchement du « Plan Grand Froid ».
Lhiver rude, les quelques semaines de grands froids que nous venons de vivre, nous ont amenés à repenser notre « Plan Grand Froid » qui navait plus été déclenché depuis 4 ou 5 ans. Outre les personnes sans abri, il faut également penser aux personnes et aux familles qui peuvent être touchées par loffensive hivernale dans leur logement. Il faut donc prévoir une réserve suffisante de combustibles et dappareils de chauffage.
Il est bon aussi davoir en permanence à lesprit le principe de la liberté individuelle. Même si une personne se met en danger en refusant dêtre hébergée par période de grands froids, nous ne pouvons en aucun cas la contraindre. Ce genre de refus de la personne est généralement mal compris par lentourage immédiat. Nous citerons le cas récemment dune jeune femme qui refusait toute aide et dormait chaque nuit dans le passage de la Bourse.
Il a été assez difficile de faire comprendre aux commerçants de lendroit le fait que nous étions impuissant en la matière, sauf à garder le contact avec la personne et à reformuler inlassablement nos propositions daide
En guise de conclusion, je dirais quen tant quhomme de gauche, il mest tout à fait intolérable que des personnes dorment à la rue même si elles sont toxicomanes, violentes, souffrant de problèmes mentaux ou refusant toute aide. On peut mesurer le degré de civilisation dune société à lattention quelle apporte aux plus faibles de ses membres et jajouterais, en 2009, à lattention quelle peut apporter aux plus déstructurés de ses membres.
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